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Principes de sélection naturelle

Principes de sélection naturelle appliqués à la production semencière

Aujourd'hui, une majorité de scientifiques reconnaît que la vie sur Terre s'est exprimée à partir de bactéries. Il y a un milliard d'années, certains de ces organismes unicellulaires se sont regroupés pour former des cellules, très simples à l'origine, plus complexes par la suite. Elles donnèrent naissance aux premiers êtres pluricellulaires. Ceux-ci mirent au point la procréation. Apparut alors à la surface de la planète un nombre croissant d'espèces principalement aquatiques au début puis, de plus en plus terrestres.

Les premières espèces à fleurs firent leur apparition il y a 300 millions d'années. Ce fut ensuite au tour des insectes puis des reptiles qui dominèrent la planète jusqu'à il y a environ 65 millions d'années. Les premiers membres du genre Homo apparurent il y a 3 millions d'années,

L'évolution de la vie sur Terre, de mieux en mieux comprise et documentée, a permis l'apparition de 10 millions d'espèces dont seulement 1,5 million a été jusqu'à ce jour, identifié, nommé et répertorié.

Cette prodigieuse évolution, rendue possible par le climat singulier qui caractérise la biosphère, repose sur une adaptation continue des espèces vivantes aux conditions ambiantes et à l'amélioration constante de leurs capacités d'acclimatation et de développement. Celles qui n'ont su s'adapter ont cédé la place à d'autres ou à des sujets mieux pourvus au sein de la même espèce, donnant lieu à des êtres vivants munis de prodigieuses aptitudes.

Il y a 5 000 ans, l'homme domestique déjà certaines plantes qui lui permettent de se nourrir, de se vêtir et de construire des abris qui le protègent des prédateurs et des éléments. Jusqu'au début de l'ère industrielle, l'importante diversité des végétaux cultivés assure la conservation et l'amélioration de leur capacité d'adaptation et de survie.

Avec l'industrialisation de l'agriculture, les monocultures et plus récemment la prise de contrôle de la génétique par quelques sociétés agrochimiques, on assiste, pour des raisons strictement mercantiles, à une réduction importante du nombre d'espèces établies et de cultivars. Mais surtout, elles en produisent les semences à grand renfort d'engrais de synthèse et de pesticides, sans égard pour leur capacité immunitaire et d'adaptation à des conditions hostiles. Elles deviennent ainsi de plus en plus vulnérables et ... dépendantes de molécules chimiques, manufacturées et vendues par ces mêmes sociétés.

Il en va tout autrement lorsque les semences sont produites localement et biologiquement par des artisans semenciers qui tentent d'intégrer aux végétaux dont ils produisent les semences des facultés d'adaptation, d'acclimatation et de résistance, les rendant ainsi à terme moins vulnérables.

L'oignon en exemple

Pour illustrer le travail de sélection d'un semencier, je vous présente l'approche que nous avons développée aux Jardins du Grand-Portage avec l'oignon Red Man, un cultivar de l'espèce Allium cepa, membre de la famille des liliacées.

Il y a plus de 20 ans, je suis tombé sous le charme du cultivar Red Man à cause de sa magnifique robe rubis, de sa saveur douce et séduisante et de sa productivité. Malheureusement, le cultivar, comme bien d'autres, est sensible à la brûlure de la feuille, une maladie fongique sur laquelle je travaille depuis ce temps.

En premier lieu, je produis 500 bulbes d'oignon qui serviront à la fois à ma consommation et à la production de semences l'année suivante. En effet, comme l'oignon est une plante bisannuelle, il ne produit ses semences que la deuxième année de son cycle de vie. Donc, semis intérieur au début de mars, transplantation des plants au jardin au début de mai dans un terrain léger amendé en compost mûr, sans plantes compagnes afin de maximiser la circulation d'air et ainsi prévenir les maladies fongiques. Il va de soi que la rotation est fondamentale pour prévenir les infections. Je contrôle les plantes adventices par un binage délicat en surface. J'évite le paillage qui peut contribuer à une humidité excessive.

Au mois d'août, lorsqu'une majorité de tiges sont couchées, je récolte les plants entiers et les entrepose à l'intérieur dans l'atelier, une pièce bien ventilée où les bulbes poursuivent leur mûrissement. Peu à peu, le collet se referme et sèche. Je taille alors la tige un peu au-dessus du collet et je frotte les bulbes de façon à enlever la peau extérieure qui se détache. En frottant les racines, elles se sectionnent sans difficulté. Puis je laisse les bulbes au même endroit de sorte qu'ils perdent un certain pourcentage de leur humidité, ce qui les rend aptes à une conservation optimale.

Au début d'octobre, j'ensache les oignons dans des sacs en nylon tressé en les classant par taille et en mettant de côté les sujets moins fermes ou noircis à cause du champignon. J'entrepose les poches dans ma dépense où les conditions sont fraîches et sèches. Puis une fois par mois, je les vide sur le plancher et trie les oignons qui ont germé prématurément ou ramolli à cause du champignon Botrytis squamosa qui cause la brûlure de la feuille caractérisée par des cernes foncés au sein du bulbe. Je consomme ces oignons en premier lieu.

Je répète le processus tous les mois jusqu'en février, moment où je sélectionne 80 bulbes sains que je réserve pour la production de semences. Ainsi, les bulbes sélectionnés sont les moins sensibles à la brûlure de la feuille. Je les mets en terre au début de mai aux 30 cm à 10 cm de profondeur dans un sol léger amendé en compost mûr. Un feuillage bien vert surgira puis de 3 à 6 hampes florales de près de 1 mètre se développeront au bout desquelles se déploieront de magnifiques ombelles sphériques comprenant des centaines de fleurs. Celles-ci doivent être fécondées par des abeilles domestiques, les seuls insectes capables d'assurer leur pollinisation.

Pour assurer la pureté du cultivar dont on produit les semences, aucun autre cultivar en fleurs ne doit se trouver à un kilomètre à la ronde.

Une fois les fleurs fécondées se forment des capsules contenant des graines qui noirciront à maturité. Comme leur maturation s'échelonne dans le temps, on doit effectuer une récolte sélective, ombelle par ombelle, lorsque les capsules sont ouvertes à 50 %, en conservant un segment de tige de 15 cm. On les entrepose sur des plateaux dans une pièce bien sèche — j'emploie un déshumidificateur à cet effet — de sorte que les semences complètent leur mûrissement. Quelques semaines plus tard, on taille les tiges, on frotte les ombelles de façon à libérer les semences. On place ensuite le tout dans un seau rempli d'eau: les bonnes semences tomberont au fond et les semences vides ainsi que les débris flotteront. On retire les corps légers à l'aide d'un tamis et on récupère dans le tamis les semences du fond qu'on met à sécher promptement sur une plaque, en couche mince.

Les semences d'oignon se conservent au frais, au sec et à l'obscurité de 2 à 3 années.

Nous serons présents ainsi que de nombreux autres artisans semenciers les 7 et 8 février à la Fête des semences de Montréal au Jardin botanique, le premier mars à la Fête des semences de Québec au pavillon A.-Desjardins/M.-Pollack de l'Université Laval ainsi que le samedi 7 mars à la Fête des semences de Lanaudière à Sainte-Émélie-de-l'Énergie au centre communautaire du village.

Pour en savoir davantage sur les différentes Fêtes des semences qui se tiennent partout au pays, consulter le site : semences.ca

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage

P.S. Je décline mes Vers Solidaires au Resto Vego à Montréal (voir annonce)


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Volume 11, numéro 2 — Mercredi, 4 février 2015
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