Imprimer Imprimer

Avant qu'on ne s'éteigne...

Champs libres

Avant qu'on ne s'éteigne...

Je cherche les mots qui exprimeraient au mieux ma motivation à reprendre jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, ma pelle, ma bêche, ma fourche, mon râteau, ma griffe, mes cisailles et mes sécateurs pour tailler, émonder, astiquer, manucurer, imaginer, rêver et nourrir mon jardin.

Il y a maintenant 36 ans que nous nous investissons Diane et moi ainsi qu'une kyrielle de collaborateurs —employés, amis, stagiaires, bénévoles — pour aménager et soigner avec respect et tendresse un plateau-jardin de 2 acres, recouvert de prairie à l'origine, que nous avons baptisé Les Jardins du Grand-Portage. Nous en avons fait, au mieux de nos capacités, une oasis d'équilibre et de Vie, nichés au coeur d'une campagne bien malmenée par une course insensée aux rendements et aux profits, une course vile et folle qui nous asservit et asservit la Terre.

Malgré l'inconscience et l'ignorance, le mépris et l'exploitation, nous persévérons en cherchant inlassablement à inspirer, à éveiller, à remuer, à toucher, à insuffler respect et amour au coeur des hommes et des femmes qui, un jour, sont passés ou passeront par ici.

Une fois au sein de l'oeuvre, on comprend que les forces de la nature, une fois nourries et mises en synergie, provoquent des scènes qui ont le pouvoir de déclencher un éveil puissant qui conduit à la certitude irréfutable que seule une vie menée en communion et en harmonie avec la nature dispose du pouvoir d'élever l'Homme au-dessus de la grisaille matérialiste où nous ont conduits des milliards d'égos taciturnes, vacillants et lymphatiques.

Ces mots que je cherchais, je les ai trouvés dans mon premier recueil de poésie, Terre cuite [ambiances climatiques]. Je vous les offre ici bien humblement.

Avant que ne flétrissent les monarques
Que ne disparaissent les parulines
Avant que ne pullulent les sauterelles
Et que nous envahissent les ronces
Il nous faudra praliner la route
Par laquelle nous irons
Puiser la lumière
Au coeur de la grande forêt
Nous en ferons un tapis
Pour parcourir le ciel
Avant qu'on ne s'éteigne
Nous en ferons une armure
Pour ceinturer la Terre
Avant qu'on ne s'éteigne

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage


Accueil
  Flèche gauche
Volume 11, numéro 11 — Mercredi, 10 juin 2015
Flèche droite  
 

POUR RECEVOIR LE WEBZINE