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À propos de vins

Champs libres

Réminiscence du vieux continent

À propos de vins
Pas toujours verts
Et de vers
Pas toujours fins

Vaux-en-Beaujolais
Dans le Beaujolais, près de Vaux-en-Beaujolais

J'aime le vin. Peut-être vous l'ai-je déjà mentionné. Il m'aide à passer outre la bêtise humaine et me sert de récompense une fois le travail accompli. Il me tient compagnie au moment de la préparation du souper et contribue à la chaleur des rencontres. Mais rassurez-vous, je n'ai pas de problème d'alcool. Lorsque je livre une conférence, je m'abstiens le jour même tout comme la veille, parfois l'avant-veille. Les nombreuses prestations publiques que je commets me servent à gérer mon abstinence.

Sans contrainte professionnelle, je savoure 2 verres autour du repas du soir, parfois trois lors de visite, quelquefois 4 lors de célébrations, mais ça s'arrête là. Mon corps à ce stade ne souhaite pas davantage de vin qui, au-deçà, me parait acide et surtout, mine mon sommeil de plus en plus fragile et précieux. Je ne vide pas les bouteilles. Quand je n'ai plus soif, je les referme avec ces bouchons qui permettent d'en retirer l'air et de les conserver durant quelques jours!

Villié-Morgon
Près de Villié-Morgon

Une fois faite ma sortie du cellier, je peux sans gêne vous avouer les motifs qui me poussent à parcourir les chemins de France: l'expérience au quotidien de sa gastronomie, donc de son terroir, de sa réputée cuisine – quelque peu en perte de vitesse – et de ses vins que je déguste allègrement lorsque je suis sur place. Je vous ai déjà raconté mon incursion dans la Côte des Bar lors de la dernière livraison de Covivia. Aujourd'hui, j'aimerais partager quelques observations liées à la viticulture et à la sommellerie françaises.

En premier lieu, j'ai constaté que dans certains restaurants qui se veulent distingués, il est très mal vu de demander des vins biologiques surtout lorsque lesdits restaurants se targuent d'une carte déclinant des grands crus de Bourgogne et des Champagnes – nous étions dans ces régions – sans qu'il n'y ait la moindre mention du mode de culture. Pensant que ce devait être un oubli ou, mieux encore, que toutes les propositions étaient biologiques, je demandais au sommelier lesquels des vins étaient bios: offusqué et présomptueux, il m'assène que, de toute façon, le vin bio n'existe pas, parce que quand un vigneron vaporise ses vignes, il vaporise les raisins du voisin. Foutaise!

Bien sûr, une dérive des pesticides s'observe en milieux agricoles, mais souvent, les producteurs biologiques établissent des écrans végétaux à la frontière de leurs propriétés ou optent pour des distances séparatrices. De toute façon, je préfère voter pour un viticulteur qui s'entête à ne pas appliquer de poison sur ses vignes plutôt que pour un autre qui le fait sciemment et volontairement. Je répugne à boire des vins élaborés à partir de raisins mal élevés, même si j'ai dû m'y résigner à quelques reprises durant mon dernier périple.

L'expérience du Beaujolais et du sud de la Bourgogne

Beaujolais
Tout bio!

Nous fûmes confirmés dans notre entêtement à boire bio dès notre arrivée dans le Beaujolais, plus particulièrement dans sa partie nord, tout près de Fleurie, région où l'on élabore les vins Duboeuf. L'odeur de pesticides y était tellement prononcée et agressive, que nous devions rouler fenêtres fermées, sans apport d'air extérieur. Nous nous enfuîmes à Fuissé, en Bourgogne du Sud, haut lieu de la vinification des meilleurs Chardonnays de France – les fameux Pouilly-Fuissé – où nous pensions dormir en gîte et déguster une belle bouteille. L'odeur des pesticides y était tellement pugnace, qu'il nous fut impossible de demeurer plus de 5 minutes sur la place du village. Nous roulâmes vers Mâcon où nous trouvâmes refuge en plein centre-ville. Nous y découvrîmes un petit bistro où tous les vins étaient bio. Je commandai un Pouilly-Fuissé, le clos Varambon – vramanbon – du Château des Rondets, qui nous permit de vivre notre fantasme et d'oublier quelque peu notre déconvenue dans le sud de la Bourgogne.

Yves

Le bon vin stimulant l'écriture poétique, de retour à la chambre, je cognai quelques vers sur lesquels je travaille depuis ce temps. Je vous livre sa version du jour d'aujourd'hui, version qui sera sans doute encore amendée… amendée d'humus bien mûr et d'effluves célestes.

Yves

Passé onze heures

Chu’un pèlerin
En costume de bain
Sur la route
De Bourboule-les-Bains

Contourner la Côte d'or
Mensonges de premier cru
Un Savagnin blanc
Bu tout seul su'un banc

Gloire soit au père
Au fils et aux sains d'esprit
Voulais-tu braire
Ou si tu préférais te taire

Sur la route de Grande Terre
Trop de bois couché
Une forêt administrée
Lotissée hypothéquée

J'ai jamais trouvé
Le réduit de l'entonnoir
Par où passer mes idées noires
Par où canaliser mon exutoire

J'ai pas vu venir
Les dessous de ta déchéance
Pas plus qu'j'ai vu venir
Ma déconfiture

Fromage bleuté
Morbier vieux comté
Du moment k'c'est pas trop gras
Pis k'ça tache pas mon pyjama

À Bar-sur-Aube
Le bouchon sauté
Le vin pétille et soigne
Les ronds-points de l’imperfection

À Bar-sur-Seine
Les coins tournent carré
Les bulles s'entrechoquent
Dans mon bain décontenancé

La fin du monde est à 9 heures
J'ai jamais eu mal au coeur
D'avoir trop bu
Passé onze heures

Parfois le dimanche
Parfois le jeudi
Toujours à gauche
Principalement

Les mouches me désirent plus que toi
Deux cygnes sur l’Isère
Signe d'amour prospère
Ou promesse de misère

Un demi-sec à Besançon
Un Pouilly-Fuissé à Mâcon
Pour fuir les fongicides
D'une Bourgogne insipide

Une Saône une Loire
Qui puent la foutaise
D’une république néolithique
Sirotant du vin Duboeuf

J'ai jamais eu mal au coeur
D'avoir trop bu
Passé onze heures

J'aurai le bonheur cette année de participer pour la première fois au Festival de la poésie de Trois-Rivières où je clamerai le lundi 5 octobre et le mardi 6 octobre dans cafés, bistros ou restaurants ce poème ainsi que quelques autres.

Ils représentent les préoccupations d'un jardinier conscient des changements environnementaux et sociaux en cours et affairé à apporter sa contribution.

Site du festival international de la Poésie de Trois-Rivières

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage


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Volume 11, numéro 14 — Mercredi, 23 septembre 2015
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