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Coeur de Lyon

Champs libres

Réminiscence du vieux continent (fin)

Coeur de Lyon

8 h 45. J’écarte trois lamelles de PVC du store de notre chambre d’hôtel, à l’aéroport Saint-Exupéry de Lyon d'où nous nous envolerons pour Montréal à 12 h 30 si tout suit son cours normal. De la fenêtre, j’observe des champs de maïs à perte de vue qu’on irrigue avec de puissants gicleurs. Une autoroute à trois voies traverse les monocultures, une procession de camions affairés à transporter ces amas de biens tant convoités.

La vallée du Rhône se languit ainsi jusqu’aux Alpes, coiffée d’une dense auréole de smog glauque qui réduit la visibilité et mine l’appréciation du paysage. Il fait déjà près de 29 °C. La canicule dure depuis deux semaines. Amorcée à notre arrivée dans le Jura, elle se poursuivra encore au moins une semaine après notre départ, au grand dam des Français et des Françaises qui suffoquent. Hier, après avoir remis notre voiture à l’aéroport puis posé nos bagages à l’hôtel, nous avons pris le train pour Lyon.

FritesAlors

Après avoir dévoré un hamburger aux poulet et piments rôtis dans un Frite Alors– le premier en Europe – avec bière et frites, nous nous sommes avachis sur un banc dans un joli parc ombragé par d’immenses platanes et pendant l’heure qui suivît, nous observâmes le manège ambiant. Quelques noirs givrés qui écoutent de la musique de noirs givrés. Des locaux qui jouent à la pétanque. Un rasta visiblement saoul qui vocifère et joue de la guitare. Des enfants qui arrivent et s’amusent comme des enfants : sous l’oeil protecteur de leurs mamans qui palabrent sur un banc, ils sautillent, courent autour du monument, se cachent, ressurgissent en criant. Une foule bigarrée et affairée traverse la place. Certains, plus pressés, ne décélèrent pas. D’autres ralentissent leurs pas afin de profiter de la fraîcheur relative des lieux. L’ivrogne qui dort au pied du monument change de position en poussant un long gémissement. Au coeur de Lyon-la-Fournaise, je me décompose un peu.

Place

Diane tient à visiter la ville, « historique » me dit-elle! Je m’en fous un peu. De l’histoire, il y en a partout en France. Même dans mon nombril! Il faut voir, claironne-t-elle, la Place des Terreaux avec ses 69 jets d’eau et sa fontaine de Bartholdi, l’amphithéâtre des trois Gaules érigé en l’an 19 sous Auguste, le jardin des Chartreux et le fort St-Jean qui surplombent la Saône.

Terreux

Je suis pesamment Diane dans les dédales des rues toujours ascendantes, car Lyon s’est répandue sur les flancs des collines bordant la Saône et le Rhône qui s’y fusionnent. Difficile après-midi, carencée en eau par surcroît – pas de dépanneur pour dépanner – je me sens écrasé par cette chaleur qui affaisse, prêtant à la ville une vision apocalyptique. Les égouts, en panne sèche, exhalent par les trous d’homme des parfums qu’on cherche à ne pas humer, ce qui expliquerait le zigzag des marcheurs ainsi que toutes ces publicités de parfum placardées outrageusement sur les murs de la ville. Les rares arbres semblent souffrir tout autant que nous de ce climat hostile. Des tourbillons de feuilles jaunies s’en détachent au moindre coup de vent et jonchent le sol.

Diane a réservé pour notre dernier souper, Au Bouchon des filles. Mauvais choix pour la circonstance, car le bouchon lyonnais est caractérisé par l’absence de plats légers. Le menu 4 services est obligatoire. La boulette du hamburger et les frites fermentent encore dans mon estomac. Je n’ai plus faim après avoir à peine picoré la trop copieuse entrée constituée d’un monticule de rillettes, d’une salade de lentilles flottant dans une louche mayonnaise et du hareng marinant dans une huile dont je tais ici la viscosité! Je m’étais résigné à commander les quenelles de brochet, un classique des bouchons lyonnais. Elles se révélèrent beaucoup trop crémées, carencées par surcroît en fraîcheur – je soupçonne le surgelé –. Carencés en légumes surtout. Juste des quenelles, avec de la crème. Pasteurisée? Homogénéisée? Aucune idée! Mais grasse, ça, c’est sûr!

J’ai tellement hâte à mon terroir, à mon pays, à ma culture, à ma nature... J’ai tellement soif de mon jardin, faim de ses fruits.

Pas de dessert ce soir. Et je ne finis pas mon vin. Mon ventre bombé, je sue et je pue. Avant de rentrer à l’hôtel, nous promenons nos carcasses ventrues sur le pont piétonnier qui enjambe le Rhône, main dans la main. Un peu de nostalgie nous tait. Une vérité se confirme peu à peu. C’est à partir de chez nous que nous oeuvrerons dorénavant à notre bien-être et à celui de la Terre.

Le voyage m’a donné ce qu’il avait à donner. Il m’apparait moins nécessaire. À cause du carbone qu’il émet, mais surtout parce qu’à partir d’un certain moment, le voyage devient plus intérieur. Il se fait autour. Dans un tout petit lieu. L’essence de la vie s’y trouve. Autour de la terre, autour du jardin, autour de soi.

Wendell Berry, écrivain et poète américain, écrivait dans Life is a miracle : an essay against modern superstition : « Ma propre expérience m’a montré qu’il est possible de vivre dans le même petit lieu et de l’étudier attentivement pendant plusieurs dizaines d’années consécutives et de réaliser que ce petit lieu échappe et dépasse sans cesse toute compréhension. Parce que ce lieu change continuellement et que ce changement demeure imprévisible, le lieu ne peut pas être cerné par une approche réductionniste. Un lieu hormis notre capacité de le détruire, est inépuisable. Il ne peut être entièrement connu, vu, compris ou apprécié. »

Aujourd’hui, je retourne dans mon jardin, pour des siècles des siècles. Ainsi soit-il!

Tournesol

Tout juste ici à deux pas
Un jardin de pure brillance
Du temps
Pour mordre l’instant
Une jardinière ravie
Par un Bouddha incandescent
Torride satori
Nouvelle plage de vie
Voir poindre le jour
Sur les battures de l’amour

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage


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Volume 11, numéro 15 — Mercredi, 7 octobre 2015
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