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Les jardins éphémères

Champs libres

Les jardins éphémères

J'ai eu la chance de recevoir Serge Mongeau et sa conjointe Diane Gariépy comme wwoofers aux jardins au début d'août. Ils ont occupé la yourte durant une semaine en échange de temps pour manucurer le jardin, participer aux récoltes et capturer les doryphores, leur rituel matinal.

Ce temps précieux m'a permis de connaître Diane et de renouer avec Serge que je croise à l'occasion depuis notre rencontre lors de la fondation du magazine Humus en 1985. Auteur de nombreux livres phares – dont La simplicité volontaire, La belle Vie et L'écosophie ou la sagesse de la nature –, Serge qui approche la quatre-vingtaine maintient une forme remarquable qui lui permet de poursuivre son implication sociale entre autres comme membre du comité éditorial des éditions Écosociété également en cultivant divers jardins dans le quartier Parc-Extension où il réside avec Diane.

C'est en échangeant sur notre passion commune pour la culture potagère que j'ai appris que Serge et Diane s'impliquaient activement dans un éminent jardin collectif, Les Jardins éphémères, à Outremont sur le site de l'ancienne gare de triage, maintenant propriété de l'Université de Montréal. L'institution, faute d'utiliser la totalité du terrain, en prête une partie – une année à la fois – pour des projets de jardins collectifs et communautaires.

Avant de permettre à des organismes locaux d'investir les lieux et d'y établir des végétaux, le terrain fut décontaminé. Puis dès 2015, trois organismes s'activent sur les lieux: la Coopérative Bioma – axée sur la permaculture –, SOVERDI – impliqué dans une production d'arbres pour la ville de Montréal – et Vrac environnement par l'Association des jardins collectifs de Parc-Extension dont Serge et Diane font partie.

Des membres actifs des 3 groupes végétalisent près d'un acre de terrain, une surface importante pour une première année. À la sueur de leur militantisme, ils façonnent et jardinent une cinquantaine de planches de 20 cm de haut sur 1 m de large sur une dizaine de mètres de long. La vie contamine peu à peu l'espace par sa couleur, sa lumière et ses parfums. Les jardins éphémères charment les gens du quartier, parfois parce qu'ils ont faim, mais surtout parce qu'ils ont soif de rencontres et de solidarité. Des liens se tissent, des collaborations s'initient. L'air est frais, le projet stimulant et la fécondité surprenante.

Photo: Jardins collectifs de Parc-Extension

En 2016, mauvaise nouvelle. L'université, pour remonter le terrain, fait recouvrir le site d'une nouvelle couche de terre, une terre de remplissage imperméable, sertie de roches. Les planches aménagées furent détruites lors de l'intervention. Tout doit être recommencé. Heureusement des monticules de terre livrés sur le site permettent aux membres locataires de façonner de nouvelles planches, que tous souhaitent cette fois permanentes.

Malgré tout, le moral est bon. Les troupes sont au rendez-vous et l'énergie est débordante. De nouveaux organismes s'impliquent dont Miel Montréal qui a installé deux ruches, la Coop de solidarité Place commune, un restaurant qui cherche à produire un maximum d'aliments et enfin l'organisme Héritage Laurentien, dont la mission première consiste à introduire des colonies d'asclépiades sur le site, la source principale de nourriture du papillon monarque, une espèce menacée.

Je propose à Serge et Diane d'écrire un texte sur ce jardin intriguant de par sa forme et sa localisation. Nous prenons donc rendez-vous au début de septembre à leur logement de Parc-Extension. De là, on se rend à pied sur les lieux qui m'éblouissent par le contraste créé entre les jardins multicolores et la zone industrielle environnante. Le vert est palpitant, le rouge magistral, les cultures luxuriantes, les récoltes prometteuses.

Diane et Serge me présentent leurs nouvelles planches. Ils m'expliquent qu'ils sont une quinzaine de membres de l’Association des jardins collectifs de Parc-Extension impliqués dans le projet. Chacun consent 4 heures de travail par semaine contre un assortiment de légumes, récoltés et distribués deux fois par semaine. À titre d'exemple, la plus récente cueillette donnait droit à du chou-rave, du rutabaga, du brocoli, des carottes, des aubergines, des haricots, des pois mange-tout, des oignons, des tomates et des piments.

Serge m'explique que ce qui le motive dans ce projet d'envergure « c'est la construction d'une communauté à laquelle on contribue : les gens sont contents de se retrouver pour le travail et la distribution des légumes ».

C'est par les rencontres entre citoyens, m'explique-t-il, qu'on peut mettre à germer une société nouvelle avec comme pierres d'assise la solidarité, la tolérance et le respect. Diane renchérit en décrivant le jardinage collectif comme « une belle solution pour les personnes seules ».

Toujours semeur de conscience, Serge Mongeau continue de cultiver la solidarité, sans toutefois oublier d'entretenir les jardins qu'il a établis sur sa route.

Pour en savoir plus:
Radio-Canada : Un chantier devenu potagers éphémères

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage


Affiche ÉcorchisYves Gagnon sera en tournée cet automne avec son tout nouveau cabaret Écorchis.

Il sera accompagné sur scène par Marc-Antoine Sauvé (voix, guitares, mandoline, basse et percussion) et par Daniel Heikalo (guitares, basse, banjo, cistre, flutes et percussion).

En chanson, en musique,
en vers et contre tous…

Samedi 1 octobre à 21 h 30
Le Festival international de poésie
de Trois-Rivières.
Au café bar le Zénob
171, rue Bonaventure
Contribution volontaire

Samedi 15 octobre à 20 h
Saint-Élie-de-Caxton.
Au Rond-Coin
340, rue Saint-Louis
Contribution de 10 $


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Volume 12, numéro 14 — Mercredi, 21 septembre 2016
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