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Raôul Duguay, l'éternel enfant

Champs libres

Raôul Duguay

L'éternel enfant

Hymne à la joie
Hymne à la joie, 2014, acrylique sur toile, 22 po. x 55 po.

J'ai eu le bonheur de rencontrer Raôul Duguay au Salon du livre de la péninsule acadienne en octobre dernier. Il y signait des dédicaces pour sa biographie Raôul Duguay — L'arbre qui cache la forêt rédigée par Louise Thériault et publiée aux Éditions du CRAM. Il participait également à différentes activités publiques au cours desquelles j'ai renoué avec un artiste quelque peu oublié et découvert ses origines acadiennes. Sa mère, Sophie Lauza Gauvin, née en 1906 à Paquetville, l'a initié aux consonances des voyelles à partir de la soupe à l'alphabet qu'elle prenait plaisir à lui servir. Ce furent ses premiers Ô !

Je lui ai trouvé la même ferveur, la même profondeur et la même simplicité que lorsque je m'enivrais de ses textes et de sa musique en 1975, année de la parution de son premier album, Alllô Tôulmônd, un des chefs-d'œuvre de la discographie francophone.

Raoul Duguay
Photo : Jean-Pierre Lefebvre.

J'ai vu et entendu Raôul pour la première fois sur scène lors d'un spectacle de L'Infonie au collège Jean-de-Brébeuf. Le jeune bourgeois de Laval-sur-le-Lac que j'étais n'était pas préparé à ce happening qui m'a profondément marqué et ouvert sur des dimensions autres que celles proposées par les Beatles, les Rolling Stones, Plume et Charlebois que j'écoutais à l'époque.

Walter Boudreau, le directeur artistique de l'Infonie décrit en ces termes les assises de l'expérience multidisciplinaire du groupe : «L'Infonie est essentiellement porteuse de deux idées fondamentales : l'indéfini, c'est-à-dire l'ouverture au possible, et l'infini, la direction dans la splendeur vers la vastitude qui comportent, l'une comme l'autre, une dimension spirituelle.» «Pour Raôul et Walter, l'Infonie, c'était la liberté d'expression et l'exploration de tous les possibles.»

Pour l'étudiant en philosophie que j'étais, la fusion des genres telle que la mettait en scène L'Infonie constituait une révélation, une perspective nouvelle sur l'art, la musique et l'écriture. Par exemple, on pouvait entendre Touttt est au bouttt chanté par Raôul, le Kyrie de Guillaume de Machaut et l'Agnus Dei de Bach dirigés par Walter Boudreau ; puis Guy Thouin, incarné en chanteur de charme, qui enchaînait avec N'oublie jamais suivi par Viens danser le OK Là !, le hit du groupe. J'étais stupéfait, tout comme la majorité des spectateurs, peu habitués à des manifestations aussi contrastées, imaginatives et débridées.


Archives, Raôul Duguay.

J'ai revu Raôul sur scène à diverses reprises, entre autres au Nelson avec le groupe Maneige qui présentait l'album Les Porches sur lequel Raôul chantait et jouait de la trompette. Puis, avec son groupe, dans la période du vinyle Alllô Tôulmônd qui comprenait des chefs-d'œuvre tels Le Chemin, Le Désert, Le Voyage et son succès La Bittt à Tibi, l'arbre qui cache la forêt de ses multiples réalisations artistiques. Puis parut L'Envol en 1976, un album réalisé par André Angelini, tout aussi inspiré et percutant.

C'était une époque de folie créatrice : Raôul nous en mettait plein les oreilles avec ses onomatopées vocales qui s'éternisaient sur scène pour le plus grand bonheur des spectateurs. Livrées avec ses 5 octaves de voix, Raôul par ses chansons me touchait au cœur et donnait l'espoir qu'une société meilleure se profilait à l'horizon, qu’émergerait un paradigme économique plus humain, plus juste et plus respectueux de la Vie sous toutes ses formes.

Tôulmônd veut touttt avoir
Sans rien savoir
Du prix d'la Vie
Tôulmônd est su'l trottoir
Ak son histoire
C'est le règne de la matière
Le pouvoir a pété touttt les lumières
C'est le krrrash
On a perdu le soleil intérieur qui coûte rien
On a vendu
Not' vérité pour un p'tit pain

Le Krrrash "A", Album L'Envôl

Bien que j'étais entraîné et survolté comme tous par sa Bittt à Tibi, c'était ses pièces plus intérieures qui me remuaient les entrailles.

J'ai mal à l'amour
pour touttt ceux qui n'aiment pas
pour touttt ceux qu'on n'aime pas
qui ne se laissent pas aimer touttt suite
du fond de mon âme de mon corps
j'appelle l'Éternel

Le Désert, Album Alllô Tôulmônd

Chicoutimi 1962
Chicoutimi 1962. Archives, Raôul Duguay.

Raôul Duguay est né en 1939 à Val-d'Or en Abitibi où il a grandi. Il commence des études classiques au séminaire d'Amos et les poursuit au séminaire de Chicoutimi. À l'époque, Raôul écrivait déjà des poèmes et jouait de la trompette dans la fanfare du séminaire. Rebelle dans l'âme, le jeune poète quitte Chicoutimi après avoir complété Philo 1 — la septième année du cours classique — , et entre à 21 ans à la faculté de Philosophie à l'Université de Montréal. Il deviendra au gré des multiples rencontres qu'il fera la bébittt urbaine qu'on a connue, l'infoniaque abitttibien.

Toujours féru de philosophie, continuellement en questionnement sur le sens du chemin, fasciné par le cosmos et l'infinitude, Raôul s'abreuvera tout du long de son existence aux textes de philosophes et maîtres spirituels tels Héraclite, Leibniz, Cantor, Mandelbrot, Krishnamurti, Satprem, Sri Arobindo, Rajnesh et Ma Premo. Il fréquente les ateliers de cette dernière qui, lors de séances de méditation, lui demande de chanter le ôm. «Chanter ce simple mantra aura tout un impact sur la vie professionnelle de l'artiste. [...] Émergera alors en lui l'idée d'animer La voie de la voix, série d'ateliers qu'il va créer et offrir durant une trentaine d’années.»

Sa démarche spirituelle influencera son écriture, ses chansons et ses projets artistiques multiples. Après la parution de l'album Le Chanteur de pommes en 1982, je l'ai perdu de vue et n'ai pas pris conscience de ses nombreuses réalisations ultérieures, découvertes en lisant sa bio.

Raoul Duguay
Photo : Marie-Josée Roy.

En écoutant J'ai soif, son dernier opus enregistré en 2010, j'ai retrouvé la voix chaude et suave de l'artiste qui décline avec 2 octaves en moins, des textes profonds et sensibles sur l'eau. On y découvre le flugelhorn limpide de Raôul ainsi que des arrangements fluides et savoureux.

Réalisées par Raôul et Mathieu Dandurand, portées par des musiciens éminents tels Jean-François Groulx au piano, Paul Picard aux percussions, Dominic Soulard et Mathieu Dandurand à la guitare et le groupe Mes aïeux pour quelques chœurs, les pièces s'écoutent très bien en rafales. J'apprécie particulièrement Chérie, Heureusement et Ève qui évoque le péril de l'eau.

Ève mère de la Terre
Écoute ma prière
L'ombre de la folie
Plane autour de la vie
Les vils conquistadors
Te tiennent en tutelle
Profanent ton or bleu
Font des mers leurs poubelles
Ève mère de la Terre
Viens tôt me secourir
Viens tôt me secourir
Viens m'apprendre à mourir

Mon bref portrait de cet artiste inclassable ne serait pas complet sans relater sa passion retrouvée pour la peinture, un art qu'il avait délaissé pendant plus de trente ans. « Ce que lui donne la peinture, c'est tout simplement une autre dimension de la même intention, une autre manifestation de la même idée ou de la même émotion exprimée dans un poème, une musique et une sculpture. Voilà pourquoi peindre est pour lui un acte fondamentalement poétique. La peinture, c'est de la poésie.»


Infiniment, 2010, acrylique sur toile, 44 po. x 44 po.

Les sujets préférés de l'artiste sont les arbres. Principalement le bouleau, son arbre-fétiche « car il porte un mystère qui est celui de sa lumière ». Sur son site internet, on découvre des œuvres riches en lumière et en couleurs qui suggèrent « l'éternelle et l'infinie beauté de la vie. »

Une fois complétée la lecture de la biographie de Raôul, j'ai pris conscience de la magnificence et de la constance de l'œuvre de cet artiste immense. Je conclurai par un extrait d'une des préfaces du livre signée par Richard Séguin — on y trouve également celles de Walter Boudreau et de Normand Latourelle — qui écrivait que lorsqu’il pensait à Raôul, il avait en tête la forêt de ses poèmes « de chêne rouge au tronc vigoureux, d'aulne couvrant les terrains découverts, de merisiers aux racines profondes, de clairières sous les nuages, de sol humide des versants de montagne, de tremble et sa musique, de frêne rouge du Saint-Laurent, d'érable argenté le long des ruisseaux, de pommier en fleurs du mois de mai, de cèdre bien droit, de sapin, d'épinette et de ce bouleau blanc qu'on trouve dans tes toiles. Une forêt de poèmes, émouvant témoignage d'une vie au service de la poésie. »

Suite à la lecture de cette biographie dont je vous recommande chaudement la lecture, je clamerais :

Raôul t'es grand, t'es au bouttt, t'es touttt.

Albums à découvrir ou à réécouter :
Alllô Tôulmond
L'Envol
J'ai soif

À déguster :
Raôul Duguay
L'arbre qui cache la forêt

À admirer :
Les oeuvres picturales de Raôul
On en trouve bon nombre sur son site internet

raoulduguay.net

Tous les textes entre guillemets « » sont tirés de
Raôul Duguay — L'arbre qui cache la forêt par Louise Thériault. Éditions du CRAM.


Nuit d'été, 2012, acrylique sur toile, 22 po. x 22 po.

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage


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Volume 13, Numéro 17 — Mercredi, 15 novembre 2017
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