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Les Éditions Écosociété, une œuvre collective

Entrevue avec Élodie Comtois, par Serge Grenier

À l'occasion du 25e anniversaire des Éditions Écosociété, j'ai pensé que ce serait bien de publier un article sur cette maison d'édition. Bien qu'elle ait un emploi du temps surchargé, Élodie Comtois a accepté de me rencontrer dans le petit restaurant de l'édifice Grover, rue Parthenais, où sont situés les locaux d'Écosociété. On a jasé simplement, en prenant un café. Je lui ai d'abord demandé :

Peux-tu nous expliquer en quoi les Éditions Écosociété sont une « oeuvre collective » ?

Élodie Comtois
Élodie Comtois,
aux communications

On est déjà un collectif dans la mesure où on n'a pas d'actionnaires avec un conseil d'administration qui posséderaient des parts dans l'entreprise. Les parts appartiennent à 100% à un organisme à but non lucratif, l'Institut pour une Écosociété, qui regroupe quelques militants et les employés. Chaque nouveau membre doit être recommandé par un membre actuel pour préserver la mission de l'organisme et éviter qu'il ne soit dénaturé au fur et à mesure des années. Au départ, l'Institut avait une volonté assez large d'organiser des conférences, des écoles d'été, etc. Mais elle s'est finalement concentrée sur la maison d'édition parce que c'est déjà un gros boulot. Ça, c'est pour la structure de base.

Ensuite, qu'est-ce que ça veut dire au quotidien ? Quand je suis arrivée, la coordination était assurée par une seule personne. Il y a eu deux postes de coordination comme ça, puis quand le dernier coordinateur est parti, on a décidé de mettre fin à cette structure dans laquelle une personne dirige toutes les autres. On s'est entendus sur un mode d'organisation avec des champs de responsabilité.

Premièrement, il y a l'édition. Actuellement on a deux éditeurs (un éditeur et une éditrice en fait), qui travaillent avec les auteurs sur les textes. Il ne faut pas oublier qu'un auteur, c'est une personne qui a ses projets, ses écrits, sa parole. Il faut trouver la bonne voix pour chaque auteur, les militants ne sont pas tous des écrivains nés. Le comité d'édition relève tous ces défis-là.

Ensuite, il y a moi. Je m'occupe de tout ce qui concerne la diffusion et la commercialisation. Je fais en sorte qu'on parle de nos livres dans les médias, dans les réseaux militants, qu'ils existent bien comme il faut sur le terrain. Et je m'occupe aussi des relations avec les distributeurs québécois et français.

Gabriel Thériault
Gabriel Thériault,
événements et médias sociaux

Puis récemment on a réussi à mettre en place une bonne organisation au niveau de l'administration et des finances. C'est le gros défi d'une structure comme la nôtre. En fait, c'est le défi de toutes les maisons d'édition. Hasna Addou a travaillé avec nous à la comptabilité pendant très longtemps. Elle a été en congé de maladie à plusieurs reprises. Il y a maintenant deux ans, je pense, Jocelyn Darou est entré comme responsable à l'administration et aux finances. Au début c'était pour remplacer Hasna temporairement, mais finalement il est resté. Puis elle est revenue comme adjointe à la comptabilité. Ce qui fait que maintenant on a un pôle très solide au niveau des finances.

Finalement, il y a une autre personne qui s'occupe de toute la production, i.e. le lien avec les imprimeurs, les budgets de chaque livre, le calibrage, etc.

Il y a des champs dans lesquels on a à se coordonner, parce qu'on ne peut pas faire fi de cette dimension-là. On a des réunions d'équipe aux deux semaines. Parfois il y a aussi des réunions juste de production. Par ailleurs, on a trois autres organes présents autour de l'équipe. Ce sont le conseil d'administration, le comité éditorial et le comité de lecture. Sur le comité éditorial qui prend les décisions de publication, il y a l'éditeur et l'éditrice, l'équipe de travail réduite, surtout Kevin Cordeau, mon collègue à la production, et moi-même ainsi que des membres externes. Serge Mongeau est encore sur le comité éditorial, ainsi que Louise-André Lauzière, une graphiste et François Larose, un enseignant en histoire à la retraite.

Kevin Cordeau
Kevin Cordeau,
à la production

Le comité de lecture est composé de plusieurs bénévoles qui lisent des manuscrits et rendent des avis. Nous recevons beaucoup de manuscrits. Ils ne sont pas tous lus. Il y a parfois des manuscrits qu'on rejette d'emblée parce qu'ils ne s'inscrivent pas dans notre ligne éditoriale. On est capables de juger. Ce comité de lecteurs et lectrices est très précieux pour nous, parce qu'ils nous aident à avancer dans nos lectures. On a tous énormément d'autres choses à faire et lire les manuscrits ça représente beaucoup de temps. Selon nos statuts et règlements, ça prend trois lecteurs et lectrices positifs pour que le manuscrit soit recommandé à la publication. Mais cela ne veut pas dire qu'il va être automatiquement publié. C'est le comité éditorial qui a le dernier mot. Il peut dire : oui, ça a l'air bien intéressant, mais d'un point de vue commercial, ce n'est pas viable, on n'en vendra vraiment pas beaucoup. Ou encore : on a déjà traité de ces questions-là et ce manuscrit n'apporte pas grand-chose de nouveau, alors c'est non. À l'inverse, il peut dire : oui, commercialement ce n'est pas très viable, mais nous décidons de le publier quand même parce que le propos est très important pour nous.

Tout ça pour dire que le collectif se déploie sous différents angles, autant dans l'organisation quotidienne de l'équipe de travail que dans les structures qu'on a mises en place et qui sont maintenant bien rodés et solides.

J'imagine que ça n'a pas toujours été facile?

Effectivement, la société a failli fermer, suite à des difficultés financières et des problèmes de gestion collective. Je dirais que l'on a appris de nos erreurs. La maison s'est rebâtie petit à petit. L'édition est un métier vraiment particulier.

En 2004, ça a vraiment été un enjeu de gestion de la croissance. Nous avions beaucoup de succès. En fait dans l'édition, la chose la plus difficile à gérer c'est le succès, parce que c'est là qu'on peut prendre de très mauvaises décisions. Quand ça marche, que l'argent rentre, on peut facilement partir en fou. Et c'est là que l'on peut se casser la figure. C'est un peu ce qui s'est passé en 2004. Par définition, le monde de l'édition évolue en dents de scie, comme des montagnes russes. Un succès l'année d'avant n'est pas garant d'un succès l'année d'après.

Le domaine de l'édition au Québec est très subventionné, autant au niveau fédéral qu'au niveau provincial. Et c'est très bien comme ça. Ce qui est intéressant dans la structure d'Écosociété, c'est qu'on est à la fois un groupe militant de gauche et une maison d'édition dont l'équipe est professionnelle, connait bien les rouages de l'édition ainsi que les enjeux de ses pairs et du milieu.

Cela est reconnu par les subventionnaires, que ce soient le Conseil des arts et le Fonds du livre au fédéral ou la SODEQ au provincial. Il faut bien comprendre que tout n'est pas égal en ce qui concerne les subventions. Le seul organisme qui finance les éditeurs sans tenir compte des résultats de vente, c'est le Conseil des arts. Ses décisions sont fondées sur la nature du projet, la qualité du travail, etc. Et ça doit respecter leurs lignes directrices. Le Fonds du livre, de Patrimoine Canada, finance les éditeurs en fonction de leurs ventes d'ouvrages canadiens. Quand il y a un gros succès, ça aide financièrement les éditeurs parce qu'ils reçoivent plus d'argent l'année suivante.

Des boîtes jusqu'au plafond
Des boîtes de livres jusqu'au plafond...

Pour Écosociété, au début, La Simplicité volontaire, a été un très gros succès. Les livres de Chomsky ont aussi été un grand succès. On a plusieurs auteurs français qui publient avec nous. Mais les subventions sont conçues de telle façon que ce n'est pas à notre avantage s'il y a trop d'auteurs étrangers parce que leurs ventes ne sont pas admissibles dans le calcul du montant des subventions. On a publié plusieurs ouvrages parce que leur contenu méritait d'être publié. Par exemple, on a publié Chomsky même si c'est un auteur étranger. Il est traduit par un Canadien, mais ça ne compte pas.

Et avec le temps, on peut dire qu'Écosociété a connu non seulement plusieurs succès, mais aussi des ouvrages de fond qui se vendent sur la durée. Par exemple Le jardinier-maraîcher de Jean-Martin Fortier a été un succès non seulement au moment de sa sortie mais il continue à en être un maintenant. C'est extrêmement précieux et rare pour un éditeur d'avoir ce que l'on appelle un « long seller ».

C'est toute cette combinaison qui fait qu'aujourd'hui on est beaucoup plus solides qu'il y a 10 ans. L'autre chose aussi qu'il faut bien dire, c'est que notre solidité financière est aussi due au fait qu'on a réussi, après plusieurs années de travail, à être beaucoup plus présents en Europe et qu'on ne vend plus seulement sur le territoire du Québec, mais aussi en France, en Belgique et en Suisse.

On a un distributeur qui nous a accompagnés pendant douze ans, mais on va changer en 2018 pour un distributeur qui sera encore mieux pour nous. Donc, on continue de s'installer sur le territoire français. Ça fait une énorme différence, pour la solidité de l'entreprise et pour nous permettre de faire des projets.

Et à propos de votre 25e anniversaire ?

C'est vraiment l'écologie sociale qui est le coeur de la mission éditoriale d'Écosociété. Ça l'est depuis le début et ça l'est encore très fortement aujourd'hui. Et on y tient beaucoup parce qu'on ne peut pas s'attendre à ce que les gens changent de comportement au niveau de l'écologie sans qu'ils aient d'abord une compréhension globale des enjeux par rapport à l'exploitation de la nature.

C'est pour cela qu'à l'occasion de nos 25 ans, nous avons voulu remettre de l'avant certains titres pour réaffirmer ces enjeux-là. Que ce soit avec L'écologie politique, de Dimitri Roussopoulos, une prise de position claire pour l'écologie sociale ou à travers un livre comme Notre empreinte écologique, de Willian Rees et Mathis Wackernagel ou encore Désobéir et grandir, de Paul Ariès sur la décroissance.

Nous sommes très liés aux mouvements sociaux. Nous avons toujours voulu être à l'écoute ou même être à l'origine de mouvements sociaux. Par exemple, Non au piège Énergie Est, est un livre d'Éric Pineault et une déclaration commune de la Fondation Coule pas chez nous et de plusieurs groupes écologistes, citoyens, élus et représentants des Premières Nations.

Il y a aussi Françoise David qui a publié deux ouvrages chez nous et à l'époque, c'était une façon de faire écho aux idées défendues par son parti qui nous paraissaient en adéquation avec ce que l'on propose avec nos livres. Je sais qu'au début, les gens de ce parti lisaient beaucoup nos ouvrages pour s'inspirer d'actions concrètes. C'est heureux. Il faut continuer. On espère que nos ouvrages vont continuer à être des sources d'inspiration pour le travail politique. Ce sont des outils pour les militants. Mais ils visent aussi le grand public qui ne se qualifierait pas de militant, mais qui s'intéresse quand même à la chose publique, aux enjeux de société. Les gens comprennent que le ciel est en train de nous tomber sur la tête, que l'on s'en va dans le mur au niveau écologique. Et je pense que plusieurs de nos auteurs ont contribué à cette prise de conscience, à secouer un peu les choses, à tirer la sonnette d'alarme au niveau écologique. Et aussi au niveau économique avec Les paradis fiscaux d'Alain Denault.

Comment voyez-vous l'avenir?

En fait, ce qu'on aimerait c'est aussi continuer à multiplier les projets qui sortent un peu des sentiers battus au niveau de la forme. On l'a fait dernièrement avec Le dictionnaire historique du Plateau Mont-Royal, qui est un peu un OVNI dans notre catalogue. On a un projet de bande dessinée sur les paradis fiscaux. On a un autre projet un peu fou de citations. Évidemment, ce ne sera pas le coeur de notre activité, on va continuer à publier des essais « classiques ». Mais on aimerait ça rejoindre un public plus large, en osant diverses formes.

Pour l'avenir, ce que l'on veut avant tout c'est avoir une force de frappe politique de plus en plus percutante. Si on fait tout ça, ce n'est pas juste pour vendre des livres. Bien sûr, plus on en vend, plus on est forts et plus on est capables d'entreprendre des projets. Mais ce qu'on espère c'est que le contenu de nos ouvrages ait l'impact politique escompté, qu'il aide à faire en sorte que ce qui était marginal devienne une évidence et que cela se perçoive dans les politiques publiques. À travers toutes les réactions gouvernementales et citoyennes aux défis environnementaux.

Que pouvons-nous faire pour vous aider?

Si vous avez lu un de nos livres, s'il vous a marqué, quelle action politique vous a-t-il inspirée? Qu'est-ce qui vous révolte? Qu'est-ce qui pourrait changer ? On pourrait même aller plus loin et dire : Oui, lisez nos livres si vous n'en avez pas encore lu. Mais si vous avez lu, je ne sais pas moi, mettons Le Jardinier-maraîcher, est-ce que cela a changé votre façon de réfléchir à l'alimentation ? Est-ce que vous en avez parlé autour de vous ? On le dit souvent à la fin de nos livres : « Parlez-en autour de vous ». Il est important de faire du politique aussi dans son quotidien, dans sa famille, dans son milieu de travail. Puis de réfléchir aux enjeux qu'on soulève dans nos livres et de partager votre réflexion avec les autres. Et surtout d'agir en conséquence, que ce soit au niveau du jardinage, des paradis fiscaux ou de l'écologie en général.

Pour finir, on a axé notre 25e anniversaire sur le slogan : « Cultiver les savoirs, ouvrir les possibles ». Et justement, je pense que plus il y aura de lecteurs et de lectrices qui voudront s'intéresser à ces sujets et ouvrir les possibles, mieux ça ira!

Et voilà!

Noir Canada

Maintenant que la poussière est retombée, j'imagine que beaucoup de personnes se demandent : « C'était quoi le vrai là-dedans? »

Ce qui est compliqué dans cette affaire du vrai ou du faux1, c'est le biais juridique qui fait que s'il n'est pas prouvé que c'est vrai, alors c'est nécessairement faux. La démarche des auteurs, ce n'était pas celle-là. Ils voulaient montrer qu'il y a vraiment beaucoup d'études qui rendent compte de situations très graves lors de l'exploitation des ressources naturelles. On parle de pollutions massives ou d'abus de droits humains. Et là il commence à y en avoir trop. Les auteurs ont dit : cette accumulation-là indique qu'il y a un problème structurel dans le rôle du Canada à l'étranger à travers ses compagnies minières. Nous ne sommes pas allés faire un reportage sur le terrain pour démêler le vrai du faux. Alain Denault a souvent répété qu'on peut très bien faire un travail critique sur ces enjeux-là en sciences humaines sans être allés sur le terrain nous-mêmes puisque d'autres personnes qui y sont allées. Il dit : « Je ne suis pas Tintin et je ne deviendrai pas Tintin. »

Et maintenant, les compagnies font-elles plus attention qu'avant ou se croient-elles invincibles?

Le problème n'est pas du tout résolu. Noir Canada est sorti cela fera 10 ans en 2018. Je pense que le problème est beaucoup mieux compris par la population. C'est devenu moins hurluberlu de parler du fait que les compagnies minières canadiennes sont irresponsables sur la scène internationale. Mais dans les faits, Toronto continue d'être un paradis judiciaire pour les minières; 75 % des compagnies minières du monde sont canadiennes. Il y a toujours des enjeux de pollution massive. Alors, peut-être que cette affaire a donné du mordant à certaines mobilisations contre certains projets miniers. Mais le problème reste entier.

D'un point de vue législatif et réglementaire, ces compagnies ne sont absolument pas plus encadrées qu'avant. Tous les projets de loi déposés suite à cette prise de conscience ont été battus à l'époque par les conservateurs. Il n'y a pas eu de suite légale qui pourrait encadrer davantage l'activité minière à l'étranger et mettre fin à l'impunité des compagnies minières canadiennes. C'est vraiment ça l'enjeu : « Puisque c'est à l'étranger, le gouvernement s'en lave les mains! »

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1. « Bien que le Tribunal ait entendu une preuve sommaire de part et d'autre, son rôle, à ce stade-ci, ne consiste pas à départager le vrai du faux... » Jugement Barrick Gold vs Éditions Écosociété, page 7.

Pour plus d'informations, lire l'article de Nicolas Gary dans ActuaLitté :
Élodie Comtois : Ecosociété veut “renverser la vapeur” d'une planète devenue folle


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Volume 13, Numéro 14 — Mercredi, 4 octobre 2017
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