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L'arbre de l'enfance

Entrevue avec Anne Barth par Serge Grenier

L'arbre de l'enfance En 2009, Anne Barth rencontre Juliette qu'elle a filmé durant six années, de ses 11 à 17 ans. Juliette nous offre ses points de vue pleins de sagesse sur elle-même et sur la relation à l’autre. Anne a aussi fait la rencontre de Béatrice, maman d’une jeune fille de 17 ans et de Daniel, papa de 5 enfants. À eux se joint Catherine Gueguen, pédiatre. Ensemble ils ont fait un film qui nous ouvre à plus de conscience et plus de paix. J'ai parlé au téléphone avec Anne Barth qui fait actuellement une tournée pour accompagner son film. Les dates de sa visite au Québec sont à la fin de l'article.

Comment se passe la tournée de promotion du film?

J'ai fait près de 4 000 kilomètres de tournée en France depuis la Méditerranée jusqu'à l'Atlantique. Sur le site du film dans la section Livre d'or, on voit très bien à quel point ce film est apprécié par les gens, combien il leur apporte de bonheur, de questionnements. C'est incroyable! C'est un film qui rejoint beaucoup de monde de 12 ans à 90 ans. Il touche les gens parce qu'on peut facilement s'y reconnaître, s'identifier aux personnages qui sont tout à fait dans la vraie vie, comme la plupart du monde. Ce n'est pas intellectuel. C'est sensible, simple et profond en même temps. Les gens n'ont pas l'habitude de voir un film comme ça. Ils sont souvent « scotchés » comme on dit au Québec. À la fin du film, il y a un grand silence. Plusieurs pleurent. Il y a des témoignages très bouleversants. Les gens trouvent que le film les aide et les soutient. Ils souhaitent qu'il soit vu par tout le monde afin que les rapports humains évoluent dans la société.

J'ai vu dans les témoignages un monsieur qui appréciait que le film laisse des moments pour respirer, pour absorber ce qui vient d'être dit.

Tout à fait. C'est vraiment une forme qui rejoint les gens. D'habitude, enfin souvent, on est surchargés par l'action. Et d'avoir ce temps de pause pour aller à l'intérieur de soi, c'est rare. C'est pourtant un besoin fondamental. Donc ça fait beaucoup de bien. Il y a aussi la musique magnifique composée par Charles Van Goïdtsenhoven de Sherbrooke. Ces moments de nature et de musique sont vraiment précieux.

Bande annonce du film
Voir la bande annonce du film

Ça fait longtemps que vous êtes réalisatrice, j'imagine que c'est toute votre démarche artistique qui vous a permis de faire ce film-là avec une telle maîtrise de la forme et du fond.

C'est sûr que tout le travail que j'ai fait auparavant ainsi que mon cheminement intérieur font que ce film est prêt maintenant. Il y a quelques mois ou quelques années je n'aurais pas pu faire ce film-là, pas de cette façon-là. D'ailleurs, une première version a été montrée à des amis québécois. Sur le site du film il y a une petite vidéo de 8 minutes filmée au Québec où on entend des Québécois s'exprimer suite à cette avant-première projetée en novembre l'année dernière. Le film a beaucoup changé depuis. C'est grâce à cette première version que j'ai pu faire évoluer le film. Je me suis rendu compte qu'il y avait des questions, des réactions qui ne rejoignait pas tout à fait ce que j'avais envie qu'on me dise après le film. Ça m'a permis d'évoluer et de faire un film qui peut correspondre à tout le monde.

C'est un bon timing de votre côté. Mais aussi la grande remise en question qui balaie le monde entier aide à ce que les gens soient prêts à le recevoir maintenant.

Tout à fait. Ça tombe exactement dans un moment où on se questionne beaucoup sur ce qui nous relie les uns aux autres, sur comment prendre soin de soi et de nos relations avec les autres. On voit bien qu'il y a des problèmes majeurs avec l'école et les enfants au niveau de l'éducation. Les gens sont démunis et ne sont pas dans le rapport éducatif qu'ils aimeraient avoir. C'est extrêmement important de se rendre compte de ça.

Parlez-moi de votre rencontre avec Pierre Rabhi, les Amanins et les Colibris.

Pierre est dans les deux films précédents que j'ai réalisés et son engagement est magnifique. Je suis particulièrement proche d'Isabelle Peloux qui a fondé l'école Colibri au centre agroécologique Les Amanins. Et c'est avec elle que j'ai écrit le film Quels enfants laisserons-nous à la planète? Et que j'ai rencontré Michel Valentin avec qui j'ai fait le film Ce qui compte. Michel Valentin et Isabelle Peloux ont bousculé ma vie lors de mon retour en France. Après 40 années passées au Québec, ça a été très dur de me retrouver en France. Et c'est vraiment Isabelle Peloux et Michel Valentin qui m'ont fait faire un virage cinéma. Et aussi un virage au niveau de la conscience de ce que peut être l'éducation bienveillante et tout le travail de la communication non violente (CVN). Je n'ai pas été formée personnellement par Marshall Rosenberg, mais j'ai suivi une formation en communication non violente. Ce travail-là, plus un travail spirituel, c'est vraiment le chemin sur lequel ma vie évolue au fur et à mesure.

Anne Barth en tournage
Photo : Nicolas Gayraud

Comment avez-vous choisi Juliette? Quand vous avez commencé à la filmer, est-ce que vous aviez déjà une idée de ce que serait le film ou est-ce comme une intuition qui s'est développée par la suite?

Oui, tout à fait, c'était plus une intuition. Juliette était à l'école Colibri aux Amanins. Et j'ai très vite senti le message qu'elle pouvait apporter au monde. Elle est très très sensible, extrêmement vivante et expressive. Elle dit aux gens : « Réveillons-nous quoi, agissons. » Et la façon dont elle le dit c'est la parole d'une enfant, une parole qui n'est pas apprêtée, qui n'est pas un discours, qui est vraiment simple. Voilà. Donc, j'ai eu une belle rencontre avec Juliette. Et quand j'ai commencé à la filmer, à la sortie de son primaire, je ne savais pas que je m'embarquais pour 7 ans. Je n'en avais aucune idée, c'est sûr. C'est venu au fur et à mesure. En 2010, lors de la première entrevue que j'ai eue avec elle, nous avons passé deux heures dans la petite cabane. C’est la première entrevue du film. J'ai senti tout de suite qu'il y avait un film à faire. La façon dont elle me parlait d'elle et des rapports avec ses parents, ça rejoignait en moi un sujet, un propos que je voulais porter à l'écran depuis un certain temps. J'ai bien d'autres films qui sont en attente autour de la question : « Qu'est-ce qu'on fait de l'enfance? » C'est quelque chose qui m'habitait déjà.

Après cette première entrevue, est-ce que ça s'est passé à intervalles réguliers ou d'une façon un peu aléatoire?

Oui, un peu aléatoire. De temps en temps j'appelais Juliette en disant : « Bon, qu'est-ce que tu fais là? J'aimerais bien venir te voir. Est-ce que t'es disponible pour que je filme? » Puis de temps en temps j'étais fâchée et je lui disais : « Ah, tu ne m'as pas dit que tu faisais ça, j'aurais aimé ça être là. » Donc, c'est varié. J'ai filmé près de 80 heures en tout. C'est beaucoup. Ça a été surtout très très difficile de faire la sélection après.

Ce n'est pas un film sur Juliette. C'est devenu un film sur la parentalité et sur l'enfance. Donc, les autres personnages ont pris de la place. Et ça a été un déchirement de devoir supprimer des passages de Juliette que je voulais garder. Mais voilà, il faudra faire un autre film sur Juliette peut-être un jour.

Juliette, Béatrice et Daniel

Juliette est-elle contente du résultat? Est-ce qu'elle vous en a parlé?

Oui, elle est très touchée de contribuer à ce que les personnes évoluent. C'est ça surtout et c'est pareil pour les autres personnages quand je leur transmets ce qui s'écrit dans le livre d'or du film. Ils me disent : « Bien j'ai fait ma part, ma part de Colibri. » C'est une expression qu'on utilise volontiers pour dire : « J'ai fait ce que j'avais à faire pour que les choses évoluent et changent. »

Maintenant, si on se tourne vers l'avenir, j'imagine que vous allez prendre un moment de repos après vos tournées.

Pour l'instant j'ai pas vraiment la possibilité de me reposer. Je suis surchargée de demandes. J'ai à peu près 60 demandes de projections sur toute la France, la Belgique et la Suisse.

Ce n'est pas commun cette démarche-là d’accompagner le film d'aussi près.

Ça fait maintenant une vingtaine de séances où j'ai accompagné le film. Mais à partir de 2018, je n'irai qu'aux endroits où ils souhaitent aussi que je donne un atelier. Plusieurs diffuseurs me disent que c'est important et précieux que je sois là parce qu'après le visionnement les gens ont besoin de parler. Ce n'est pas vraiment un film qu'on laisse seul dans une salle. C'est bien qu'il y ait des associations, des regroupements ou des personnes qui peuvent accueillir la parole, l'émotion, un peu tout ce que les gens vivent. Les gens sont grands, ils peuvent vivre ça tout seuls. C'est quand même préférable que ça se passe sous forme de rencontres avec quelqu'un qui est là pour échanger avec eux après la projection. Mais bon, pour l'instant c'est comme ça et après on verra.

J'imagine que votre entreprise de consultation du Dialogue de Bohm est sur pause pendant ce temps-là.

C'est ça oui. Dans le film, Juliette dit : « À un moment donné quand tu fais un enfant, tu dois l'assumer. » Moi, j'ai fait un film et maintenant il faut que je l'assume. Je suis un peu coincée et j'avoue que c'est difficile parfois. C'est probablement, pas probablement, c'est souvent ce que vivent les parents qui aimeraient bien se libérer à l'occasion mais qui ne le peuvent pas parce que l'enfant est encore trop petit. Donc voilà, je ne peux pas me libérer maintenant. Pour l'instant il faut encore que je m'occupe de ce bébé. Et tranquillement il va grandir et je vais pouvoir passer à autre chose.

Donc vous êtes une bonne mère.

Non, pas vraiment. Je fais comme toutes les mamans, je fais mes gaffes, mes erreurs. Je me fâche, après moi-même, après les autres. Enfin je suis loin d'être parfaite. Mais disons que je me vois. C'est peut-être ça le plus important. Je vois bien le chemin où je suis. Je vois bien que quand je me fâche, c'est parce que je suis frustrée. Et pourquoi je suis frustrée? C'est parce que je ne réponds pas mes besoins. Et pourquoi je ne réponds pas à mes besoins? C'est parce que j'en ai trop pris. Voilà.

Je suis très liée à Krishnamurti qui parle de s'observer, de se voir, de voir comment on est, comment on fonctionne, à quoi on réagit. Se connaître, se voir, se voir être. Pour évoluer à partir du constat, sans jugement. Ne pas se juger, ne pas s'évaluer, seulement se voir.

Et en voyant tout ça, est-ce que vous êtes optimiste, pessimiste ou réaliste par rapport à ce qui s'en vient dans le monde?

Je ne pourrais pas le qualifier comme ça. Je suis triste de voir qu'il y a encore beaucoup d'inconscience. Je vois bien que cette inconscience est reliée à beaucoup de souffrance. Et c'est pour ça que je porte ce film. Je crois que tout le monde voudrait être heureux mais les gens n'y arrivent pas. Pourquoi n'y arrivent-ils pas? Je pense que c'est en grande partie à cause de leur enfance. Ils sont tous en train de compenser des besoins de reconnaissance, des besoins d'amour, toutes sortes de besoins qui n'ont pas été reconnus, entendus, assouvis dans l'enfance. Tout cela fait que les gens trébuchent sur les fleurs du tapis. Et moi avec. Malheureusement, je crois que tant qu'on aura pas fait le travail de conscience dont parle Daniel, le papa du film, le monde va continuer à aller mal. Et après, il va falloir aller vers la sobriété, c'est-à-dire arrêter ce cycle infernal de consommation et diminuer, diminuer.

La simplicité volontaire.

Oui, voilà. C'est pour cela aussi que je veux moins me déplacer pour le film. C'est trop. J'ai envie d'aller plus lentement, de me retrouver dans l'espace de silence où je vis à la campagne. J'ai envie d'être reliée à la nature et de faire confiance que le vivant peut exister sans moi. Pour l'instant je joue encore le rôle de réveille-matin des consciences. Je sonne les clochettes. Après, les gens font ce qu'ils peuvent, ce qu'ils veulent. Je ne suis plus la pdg de l'univers que j'ai voulu être il y a des années. Ça va là, j'ai compris que ce n'est pas moi qui fait le monde. Et je peux contribuer un peu. Mais ce n'est pas moi qui fait le monde.

Je pense qu'en même temps qu'il y a cette déchéance, il y a aussi une forte prise de conscience. Il y a les deux. Il n'y a pas d'ombre sans lumière. Je pense qu'il y a malheureusement un discours qui nous maintient dans l'ombre. C'est un discours que j'écoute peu. Je n'ai pas de télévision. Je ne lis presque jamais les journaux. Enfin, je suis très coupée de tout ça. Mais je sais que ça ne va pas bien.

On essaie de nous maintenir dans la peur, mais nous sommes plutôt dans la tristesse comme vous dites.

Oui, c'est ça. Et ça, il faut s'en préserver. Il y a une part de l'humanité qui est triste, c'est dommage. Mais il y a aussi énormément de beauté, de prises de conscience. Et ce film L'arbre de l'enfance, c'est un peu ça qu'il fait. Il montre qu'il y a des êtres qui sont en chemin, qui sont beaux dans leur conscience, qui s'éveillent, qui bougent, qui sont vivants. Donc voilà, je pense qu'on a le devoir de ne pas se laisser posséder, emporter et manipuler par une partie du monde. Ce n'est qu'une partie du monde. Le monde n'est pas seulement ça.

En conclusion, avez-vous un message pour les lecteurs et lectrices de Covivia?

Covivia. Continuer. Le mot « co » est très important. Coopérer, connaître, c'est-à-dire naître avec. Il s'agit d'être dans l'acceptation de ce qui est avec beaucoup de tendresse et beaucoup de compassion. À ce moment-là les choses se placent mieux pour nous et donc aussi autour de nous. C'est important d'être dans la paix avec soi et de faire un pas, chaque jour de faire un pas.

Merci pour cette entrevue.

Projections au Québec


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Volume 13, Numéro 16 — Mercredi, 1er novembre 2017
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