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L'agriculture et son contrat social

La ferme et son État

Je suis repartie du visionnement de La Ferme et son État inspirée et rassurée. :)  Marc Séguin y propose un assemblage de visions de l'agriculture ouvertes sur la complexité des enjeux actuels, intégrant avec assez de rigueur écologie, société, économie, et éthique animale aussi (sans pour autant questionner l'exploitation des animaux, note pour les véganes).

Un premier aspect que j'ai apprécié du film est qu'il présente un portrait holistique, honnête et bienveillant des interactions entre les enjeux agricoles actuels. Au fil des échanges avec les différent.e.s protagonistes, M. Séguin montre comment une agriculture à petite échelle, utilisant peu, voire pas, de pesticides et d'engrais de synthèse, respecte mieux les humains, les autres animaux et la nature en général, facilite une alimentation saine, contribue au dynamisme des régions, protège la biodiversité, atténue les changements climatiques, etc. En somme, il présente différents visages d'une agriculture viable, opérant à l'intérieur des limites des écosystèmes et répondant aux besoins des communautés.

L'échelle humaine a plusieurs avantages en agriculture également. Reposant sur des investissements plus modestes, elle facilite le démarrage de nouveaux projets, notamment ceux portés par des nouvelles.eaux venu.e.s dans le monde agricole. Cette plus petite échelle favorise le contact des travailleuses.eurs avec le sol, avec la nature. Elle leur permet de prendre part à la plupart des étapes de la production agricole. Cette production est ainsi porteuse de plus de sens.

cf Bande annonce du film

Le documentaire met de l'avant des entrepreneur.e.s qui se donnent l'espace pour innover dans cette sphère d'activité souvent marquée par la tradition et l'industrialisation. J'ai en particulier apprécié l'exemple, en apparence tout banal ou déconnecté, de ce chef danois réputé, qui a ramené à leur plus simple expression plusieurs éléments cérémonials de la haute cuisine, afin de se donner mieux le temps de cuisiner à partir d'aliments frais, bruts. À tous les maillons du système alimentaire, des citoyen.ne.s aux entreprises de transformation, en passant par les restauratrices.teurs, se donner le temps et en accepter les coûts, est la base d'un travail agricole revalorisé et d'une alimentation saine. Ça prend du temps, du travail et de la main d'oeuvre, utiliser moins de machines, de pesticides et d'engrais de synthèse, ça en prend tout autant laver, préparer et couper des légumes...

On a mieux la latitude d'un rythme différent dans un projet à échelle humaine. On y a la liberté de réfléchir aux modalités de notre projet en fonction de la spécificité du contexte dans lequel on baigne, plutôt que de poursuivre des manières de faire établies. L'innovation sociale se nourrit de cette marge de manoeuvre où réfléchir et expérimenter. J'ai trouvé rafraîchissant de voir une variété de projets originaux, pensés outside the box. Cette créativité, quand elle trouve où s'exprimer, recèle d'un potentiel signifiant, pour les individus comme les collectivités.

cf Bande annonce du film

Ces visions « postagroindustrielles » ont un autre atout de taille. Elles font de la place à la fête, au plaisir, à la célébration! Yé! Le fun fait partie de ce que ces créatrices.teurs agricoles intègrent dans l'équation. La ferme impossible de Dominic Lamontagne, qui place au coeur de son projet une microbrasserie, m'apparaît particulièrement réjouissante à cet égard.

À travers les diverses initiatives collectionnées par M. Séguin, un constat s'impose: nos politiques et notre cadre législatif sont des obstacles coriaces. Le cadre qu'on a bâti pour gérer notre agriculture est fermé à la diversité et il est têtu! La relève agricole espère de la souplesse et de l'accessibilité pour exprimer sa créativité. La population désire des aliments locaux et sains qui ne sont pas ceux favorisés par le système. Ces réalités sont bien documentées, entre autres à travers les démarches assez consensuelles apparemment, qui ont débouché sur les deux rapports Pronovost (d'abord, le Rapport de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois en 2008, puis À l'écoute de la relève agricole - Le vécu et les attentes des jeunes agriculteurs québécois en 2016).

Le hic est que ces changements demandent du travail. Changer un système ne se fait pas avec le dos de la cuillère. Il y a d'abord un passif social à ébranler. L'industrialisation qu'on a adoptée au fil des dernières décennies a émergé sur fond d'une agriculture difficile; bien des familles en vivaient dans la misère. Aujourd'hui, on veut faire autrement en reprenant l'échelle humaine d'antan, avec de nouvelles méthodes, de nouveaux outils. On fait toutefois face à ces préjugés historiques.

De façon analogue, à l'échelle individuelle et des familles, la tendance vers une nourriture de plus en plus transformée est bien ancrée. Choisir de prendre le temps au quotidien de préparer nous-même nos repas ou de payer le prix des aliments transformés de qualité impliquerait le renouvellement de notre culture culinaire. Sans oublier que l'industrialisation alimentaire a des avantages, notamment celui de diminuer le temps alloué à la préparation des repas (une tâche qui tombait – et tombe toujours? – souvent dans la cour des femmes).

En ce sens, j'ai trouvé spécialement inspirante la Maison de l'alimentation de Copenhague. Cette dernière a pour mission d'améliorer la qualité des repas que la Ville de Copenhague offre à ses citoyen.ne.s et de créer une culture populaire alimentaire saine, heureuse et durable. L'intervenant présentant cette Maison dans le film martelait combien la réalisation de cette mission dépend d'un travail monumental.

On a donc un chantier de taille à mener, celui de définir un nouveau contrat social entre les productrices.teurs agricoles et la population. Fernande Ouellet marque éloquemment ce point dans le film. Les lois et règlements cristallisent habituellement des normes qui sont déjà en vigueur dans la société. Au-delà des souhaits populaires pour une alimentation écologique et paysanne, nous avons ainsi une réflexion collective à mener, d'abord pour imaginer un système renouvelé, ou du moins des pans de ce système, puis pour le mettre en place.

Le film de M. Séguin me semble propice pour stimuler la réflexion collective en ce sens.

Une fois le cadre législatif assoupli, les programmes de subventions favorables, la terre accessible, le contrat social actualisé, bref, la voie ouverte pour une diversité de projets agricoles, on a en main une clé prometteuse pour revitaliser et dynamiser les villages et campagnes. Des jeunes et moins jeunes auraient la capacité de s'y installer pour faire fructifier leurs projets de cultures maraîchères ou hors-sol, cette offre dynamique de produits et d'activités attirerait des gens des environs ou d'ailleurs, soit un terreau fertile pour mettre en branle un cercle vertueux et prospère. Ces bénéfices souhaités sont mis de l'avant par plusieurs intervenant.e.s au fil du documentaire.

cf Bande annonce du film

En terminant, j'ai envie de faire du pouce dans la trajectoire de cette vision alternative de l'agriculture. La connexion entre le monde rural et celui urbain n'est pas traitée de façon spécifique dans le film, l'agriculture urbaine non plus. Ç'en n'est pas le propos, on ne peut tout tout tout traiter!

Je vois dans la refonte du contrat social au sein duquel on se nourrit l'opportunité de revoir aussi le lien entre agriculture, zones rurales et urbaines, et le continuum qu'on peut probablement tisser entre les deux... en passant même par les banlieues? Ces réflexions m'apparaissent un creuset fertile où repenser la place de l'agriculture, de la verdure et de la nature au sein des villes. L'agriculture et l'alimentation sont des activités économiques essentielles, sans conteste signifiantes.

Pour tout vous dire, je rêve de collectivités où la verdure de tout acabit pique allègrement la place de l'asphalte et du ciment, grimpe et se perche un peu partout dans les villages et villes. Où une bonne part de cette verdure est comestible et cultivée de façon conviviale par les gens du coin. Où ainsi, chacun.e, petit.e.s et grand.e.s, passe souvent du temps dehors, les mains dans la terre, à prendre soin d'une plante, à jaser avec le voisinage ou les passant.e.s, à regarder les nuages qui passent. Où régulièrement, on prend un autobus pour aller passer nos vacances ou encore une petite fin de semaine dans une ferme non loin, et participer aux corvées du moment. Où les campagnes sont émaillées de projets originaux et productifs, facilités entre autres par la mutualisation de ressources et la collaboration. Et aux marges de ces terres mises à profit, la nature conserve une place de choix pour mener sa vie paisible et prospère, à la portée des aventurièr.e.s qui se nourrissent aussi de plein air.

Ça vous tente? ;-)

Ariane Gagnon-Légaré
arianegl@gmail.com

Note : Les photos sont tirées de la bande annonce du film.


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Volume 13, Numéro 17 — Mercredi, 15 novembre 2017
  
 

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