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Détourneries : L'écoforesterie

Une écologie politique régénératrice des forêts détruites

Forest restoration ethic : to think like the forest 

« en ces temps d'écologie, il faut le dire. »
Michel Garneau, Élégie au génocide des nasopodes (1974)

Je parlerai ici d'écoforesterie comme écologie politique, en ayant en mémoire cette définition du mot environnement, selon un chamane de l'Amazonie brésilienne, David Kopenawa : ce qui reste de ce que vous avez détruit.

Pour l'écoforestier, la forêt est une histoire d'amour avec la vie, et non uniquement avec le profit arboré au bout du nez insensible. L'écoforesterie choisit toute la forêt comme milieu de vie, non le seul bois à vendre au plus bas prix. La forêt a cinq portes principales pour nous faire apprécier ses qualités intrinsèques : écologique, sociale, économique, spirituelle, magique.

La forêt publique continue d'être agressée par les industriels forestiers. Les plates réalités de la déforestation mécanisée, du travail corvéable, de l'enseignement universitaire perverti sont les coûteuses ignorances de nos écosystèmes forestiers. En 2008, j'étais allé rencontrer en Gaspésie Bob Eichenberger, un écoforestier qui n'a pas peur de débattre de la dictature industrielle sur nos forêts. Avec une amie herboriste, nous avions arpenté sa forêt en reconstruction. Il venait de publier un livre important : L'écoforesterie, une science, un art, un projet de société. Ce que je venais de voir sur le terrain m'avait désespéré tellement c'était devenu endommagé : comment refaire une forêt plusieurs fois violée par des propriétaires désinformés? 

Aujourd'hui, son expérience est un enseignement éprouvant, car la majeure partie de la forêt exploitable a souffert du permis de détruire délivré aux lobbies du bois qui contrôlent encore nos politiques. Le chemin est long pour faire accepter la communauté biotique ostracisée, le cœur forestier en liberté. Le livre de Bob est une pépite d'or d'informations sur son histoire et son travail, où nous en sommes afin de comprendre l'échec de cette foresterie d'actionnaires aveuglés. À la suite de Léonard Otis, à la suite de la Windhorse Farm en Nouvelle-Écosse, à la suite de la Silva Forest Foundationau BC, il nous montre des règles équitables, autres que celles qui forcent les arbres mercenaires à pousser là où ils mourront bientôt parce que ce n'est pas leur milieu naturel nourricier.

Nous vivons un appauvrissement social et biologique; le travail harmonieux en forêt est délaissé, et le dieu OGM prétend nourrir bêtement l'avenir. Les derniers arbres se cachent bien…

Novethic.fr a publié en 2012 un rapport percutant de l'ONU et d'INTERPOL sur l'exploitation illégale, la fraude fiscale et le blanchiment dans les forêts tropicales du monde. 50 % à 90 % du bois coupé est administré par le crime organisé : corruption collusoire, falsification de l'écocertification et assassinats. Ce bois est vendu surtout en Chine, au Japon, en Europe, aux USA, au Canada. « Si nous perdons tout ce que la forêt nous donne, nous allons mourir, » dit un « sauvage » indonésien. Cela nous ramène au Québec, dans une économie crûment criminogène de croutons… Ici, le marché noir du bois est publicisé depuis longtemps, légalisé et bien avalé, fait avec génie… L'Action boréale Abitibi-Témiscamingue (ABAT) est une organisation, parmi celles non prostituées, qui prend la défense de nos forêts. Fondée par Richard Desjardins, à la suite du documentaire L'erreur boréale, l'ABAT demande qu'on respecte la création d'un réseau d'aires protégées et de réserves de biodiversité, un engagement de l'État québécois devenu avec le temps, une quasi-impossibilité, une irresponsabilité criante. Aussi, elle revendique qu'on civilise l'industrie forestière qui accapare brutalement la forêt publique au détriment de tous les autres usagers. Le développement des aires protégées est bloqué au Ministère des Ressources naturelles par les forestières et les minières pour qui la loi complaisante est un cadeau durable. Aussitôt qu'on annonce un projet d'aire protégée, les forestières se dépêchent d'aller couper à blanc le territoire. Les compagnies refusent de s'impliquer dans la protection collective, afin de protéger d'abord leurs privilèges autocratiques. Nous allons vers la disparition accélérée de nos dernières forêts naturelles : l'abatteuse multifonctionnelle a un bel avenir! Avons-nous la capacité mentale de laisser pousser les arbres en paix?

Péquistes et libéraux ont la même vue inféodée : les boss financiers ont besoin de politiciens obéissants. Voilà pourquoi l'Action boréale dénonce qu'on donne, sans audiences publiques, nos territoires forestiers et miniers. Quant aux  lobbyistes verts de l'environnement, le livre sur l'histoire dissidente du mouvement écologiste au Québec de 1982 à 2012, 30 ans au RQGE, décrit bien la différence entre les organisations professionnelles qui ont accepté pour du cash de collaborer avec l'État sans jamais le critiquer, et, les autres organisations dissidentes, dont on essaie aujourd'hui de criminaliser l'action citoyenne et communautaire. 

En avril 2013, une nouvelle loi de gestion écosystémique des forêts entrera en vigueur. Espérons que ce poisson printanier pourra être pêché par d'autres que les habituels requins résolument certifiés qui volent jusqu'à la retraite de leurs employés congédiés. Je parlerai une prochaine fois de l'ÉCOLE DES ARBRES, arts et sciences en symbiose, partage des savoirs poétiques pour les enfants de tous les âges. Le mot paysage vient des mots pays et visage.

« Oui c'est le théâtre,
   oui c'est la forêt,
   oui c'est en nous
   que nous devons tout reboiser. »
Suzanne Jacob, Amour, que veux-tu faire?

« La nature est l'université de la vie. »
Léonard Otis, Une forêt pour vivre

Luc Fournier

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Références :

Une forêt pour vivre, Leonard Otis

30 ans au RQGE : une histoire dissidente du mouvement écologiste au Québec, Philippe Saint-Hilaire-Gravel

L'écoforesterie, une science, un art, un projet de société, Bob Eichenberger
(Disponible pour consultation à la Grande Bibiothèque)

Windhorse Farm, Nouvelle-Écosse

Silva Forest Foundation, Colombie-Britannique

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Note :

Le mot Détournerie vient de tournerie, action de travailler le bois quand on le tourne; et de détourner, donner d'autres sens aux choses, aux situations, aux événements.


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Volume 9, numéro 3 — Mercredi, 13 février 2013
  
 

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